La science, la cité

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Top 10 des romans à teneur scientifique lus en 2018

J’ai lu très exactement 20 romans en 2018, en baisse continue depuis 2015 ! De tous ces romans, goût personnel oblige, un nombre non négligeable est à consonance scientifique. Voici une sélection personnelle de ceux dont je recommande la lecture (et, pour mémoire, les listes de 2014, 2015, 2016 et 2017) :

N° 9 : ReVISIONS coordonné par Julie E. Czerneda et Isaac Szpindel, 2004

Et si la découverte du laser ou de la génétique était arrivée plus tôt dans l’Histoire ? Et si l’on ignorait tout de la domestication du chien ou de la structure du système solaire ? Et si les Sumériens avaient inventé l’imprimerie et les Américains avaient rendu Internet illégal ? Ce recueil montre que l’uchronie, puisque c’est de ce genre qu’il s’agit, se marie bien à l’histoire des sciences. Mon goût personnel m’a porté particulièrement vers les nouvelles mettant en scène Nikola Tesla, ou Dr. Joseph Bell et Arthur Conan Doyle.

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N° 8 : Lab Girl de Hope Jahren, 2016

Ce récit autobiographique d’une géobiologiste et géochimiste américaine, encensé par la critique, m’a laissé sur ma faim. Les anecdotes se succèdent à un rythme effréné, la vulgarisation est réduite à la portion congrue, et le tout manque de poésie ou d’une vision singulière de la science. Dans ce genre, Seed to Seed reste indépassable. J’ai néanmoins apprécié de découvrir ces disciplines très transverses qui mèlent analyses chimiques et isotopiques, histoire de la Terre et de son climat, étude du sol et du sous-sol, et biologie des organismes ; et l’auteure a le mérite de ne rien cacher de son début de carrière très chaotique, semé d’embûches mais pas de financements.

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N° 7 : Le Sommeil de la raison de Juan Miguel Aguilera, 2006

Les sorcières étaient considérées par l’historien Jules Michelet comme des précurseurs médiévales des scientifiques, mues par le désir de savoir et s’occupant des naissances, de la mort et de la sexualité : La sorcière a péri, devait périr. Comment ? Surtout par le progrès des sciences mômes qu’elle a commencées, par le médecin, par le naturaliste, pour qui elle avait travaillé. Dans ce roman situé en Europe en 1516, nous suivons un membre du clergé, le jeune roi Charles Quint, un jeune intellectuel proche d’Erasme — Juan Luis Vives — qui élabore le premier traité de psychologie, et une sorcière donc… Détonnant croisement de visions du monde au début de la Renaissance.

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N° 6 : L’Agonie du globe de Jacques Spitz, 1935

Ce roman d’anticipation, qui m’a été recommandé par Alexandre Moatti, met l’humanité face à sa perte : alors que la Terre se scinde en deux, tous les regards se tournent vers les scientifiques pour expliquer ce qui arrive et prévoir ce qui va arriver. Alors, un curieux mouvement se fit jour dans l’opinion des foules : elles firent grief aux hommes de science de leur impuissance, de même que le malade en veut au médecin qui ne peut le guérir. Était-ce la peine, se disait-on, d’entretenir à grands frais des Universités, des Laboratoires, des Facultés, pour n’en tirer que des parlotes sans efficacité ? Le ressentiment de l’homme moyen peut s’évaluer au détail suivant : lors d’une journée des laboratoires qui, selon la coutume, fut organisée en Angleterre au profit de l’Université de Cambridge, l’appel fait à la charité publique, au lieu des milliers de livres sterlings attendus, ne donna que des shillings. En France on disait péremptoirement : “Le monde n’a pas besoin de savants”.

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N° 5 : The Need for Better Regulation of Outer Space de Pippa Goldschmidt, 2015

Inédit en français, ce recueil de nouvelles alterne entre les grandes figures historiques (Oppenheimer, Einstein, Turing…) et des récits contemporains de laboratoire. Toujours poétiques, toujours inventives, les histoires de Goldschmidt (qui est docteure en astronomie et a reçu plusieurs bourses d’écriture dans des laboratoires de recherche) parviennent à faire toucher du doigt la nature du travail scientifique sans s’interdire la métaphore, la rêverie… qui donnent un supplément d’âme à ce recueil.

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N° 4 : Le Rêve de Galilée de Kim Stanley Robinson, 2009

Dans ce roman, le grand auteur de SF Robinson jongle entre récit historique et space opera. La deuxième partie m’a laissé assez froid, par contre le travail historique est remarquable pour comprendre le caractère de Galilée et ses démêlés avec l’Inquisition jusqu’à sa condamnation en 1633. Le tour de force de Robinson est, notamment, de citer de longs extraits des écrits de Galilée (qu’on lit rarement, avouons-le) ! Apparemment la traduction française est truffée de mauvaises interprétations physiques, comme moi préférez donc la version originale en anglais.

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N° 3 : The Sky’s Dark Labyrinth de Stuart Clark, 2011

Stuart Clark est docteur en astrophysique et un des auteurs les plus renommés sur ce sujet en Grande-Bretagne. Dans ce premier roman d’une trilogie, non traduite en français, il se mêle d’histoire des sciences pour nous conter en parallèle les combats menés par Johannes Kepler et Galileo Galilei pour comprendre les astres et sortir d’une interprétation fantaisiste (celle d’Aristote) ou religieuse (celle de la Bible) de la voûte céleste. Le résultat est très réussi, avec le même souci de véracité historique que chez Kim Stanley Robinson, mais sans sa fantaisie et avec deux personnages historiques au lieu d’un. Les deux tomes suivants de la trilogie s’intéressent à Isaac Newton et à Albert Einstein, un bon moyen de parcourir plusieurs siècles d’histoire de la physique !

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N° 2 : Samedi de Ian McEwan, 2005

Ian McEwan, habitué de ce classement, apparaît pour la troisième fois après Délire d’amour et Solaire. Ce roman met en scène un neurochirurgien réputé, qui devrait se tirer de situations compliquées au cours d’une seule et même journée. Encore une fois, l’auteur se documente le plus possible, en l’occurrence sur la technique chirurgicale et les concepts scientifiques. Extrait : il reste en partie dans son rôle de praticien capable de diagnostiquer un manque de maîtrise de soi, une émotivité excessive, un tempérament explosif sans doute dû à un taux insuffisant de GABA sur les récepteurs spécifiques de certains neurones. D’où, certainement, une incidence négative sur la présence de deux enzyme dans le corps strié et le pallidum latéral — l’acide glutamique décarboxylase et l’acétylcholine. Pour une large part, les rapports humains se jouent au niveau moléculaire.

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N° 1 : Le Traquet kurde de Jean Rolin, 2018

Le Traquet kurde nous entraîne dans une exploration ornithologique, à la recherche de l’oiseau du même nom. De la Turquie au Banc d’Arguin en passant par le Puy de Dôme et la Jordanie, le lecteur découvre tout l’exotisme de ces observations documentées, le scandale de quelques voleurs et faussaires notoires, et le folklore des revues et ouvrages spécialisés. En voici un extrait significatif : Dans le compte-rendu de ce séjour, s’étendant sur les mois de mars, avril, mai et juin 1959, qu’à son retour il publie dans la revue Alauda (et dans lequel plusieurs notes, relatives par exemple à la reproduction du goéland railleur dans le golfe Persique, renvoient au chef-d’œuvre de Mainertzhagen, Birds of Arabia), le père de Naurois, malheureusement, se conformant aux usages des revues scientifiques, ne dit rien de ses conditions matérielles d’existence – que mangeait-il, où dormait-il, comment disait-il la messe, car il est certain qu’il la disait, dans cet environnement –, même s’il mentionne une “vedette”, sans doute mise à sa disposition par l’administration, qui dut faire office de camp de base pendant la durée de l’expédition.

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Top 7 des romans à teneur scientifique lus en 2016

J’ai lu très exactement 36 romans en 2016, en baisse de 6 ouvrages par rapport à mon bilan de 2015 ! De tous ces romans, goût personnel oblige, un nombre non négligeable est à consonance scientifique. Voici une sélection personnelle de ceux dont je recommande la lecture (et, pour mémoire, les listes de 2014 et 2015) :

N° 7 : When it changed dirigé par Geoff Ryman, 2009

Cette anthologie de science-fiction propose des nouvelles inédites d’auteurs débutants ou confirmés, inspirées par les recherches de chercheurs britanniques. L’histoire que cette rencontre leur a inspirée est suivie d’un bref commentée du chercheur concerné. Cette initiative originale donne un résultat mitigé, pas mémorable, à l’exception du “Enigma” de Liz Williams qui met en scène de manière touchante Alan Turing et Ludwig Wittgenstein.

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N° 6 : Seventeen Coffins de Philip Caveney, 2014

Il s’agit du deuxième tome d’une série pour adolescents, non traduite en français. Pourquoi est-ce que je lis ça ? Parce que ça se passe à Edimbourg, à différentes périodes de l’Histoire selon les voyages dans le temps du personnage principal. Ce tome nous entraîne en 1830, quand Charles Darwin est connu par les habitants d’une manière décalée : Our University professer told me about him. He reckons he’s an idiot. He was studying medicine under Dr Munro, here in Edinburgh, but he threw it all up in the second year and moved to England to study natural history, of all things. (…) Ruined a promising career.

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N° 5 : Épépé de Ferenc Karinthy, 1970

Voici une fable étrange qui oscille entre Swift, Kafka et Perec, avec les tribulations d’un linguiste perdu dans une ville dont il n’arrive pas à comprendre la langue. Un choc pour ce spécialiste qui croit en son intuition, en sa rapidité de compréhension, en sa faculté d’approfondissement, en son inspiration, qualité indispensable à la recherche scientifique, et peut-être en la chance qui généralement a accompagné jusque-là sa carrière, ce qu’il a commencé il a le plus souvent pu l’achever. Il est rompu à la réflexion méthodique, c’est son métier, son gagne-pain (p. 107).

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N° 4 : Histoire des siècles futurs de Jack London, 1908-1912

Ce recueil de nouvelles, d’un écrivain plutôt connu pour ses romans d’aventures, surprend. Il n’a rien à envier aux pionniers de l’anticipation que furent J.H. Rosny aîné ou H.G. Wells. Deux nouvelles en particulier m’ont intéressé pour leur personnage principal de scientifique. Dans L’Ennemi du monde entier, un savant fou qui fut maltraité dans son enfance, un des hommes de génie les plus infortunés du monde, doué d’une merveilleuse intelligence, la met au service du mal au point de faire de lui le plus diabolique des criminels. Dans Goliath, un génie bienfaiteur, surhomme scientifique découvreur de l’Energon qui n’est rien d’autre que l’énergie cosmique contenue dans les rayons solaires, force tous les gouvernements du monde au désarmement, à la nationalisation des moyens de production et à la justice sociale. Même les professeurs de sociologie, ces vieux balourds, qui s’étaient opposés par tous les moyens à l’avènement de l’ère nouvelle, ne se plaignaient plus. Ils étaient vingt fois mieux rémunérés qu’autrefois et travaillaient beaucoup moins. On les occupa à réviser la sociologie et à composer de nouveaux manuels sur cette science.

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N° 3 : Délire d’amour de Ian McEwan, 1997

Voici un roman poignant dont le héros est un journaliste scientifique et auteur d’ouvrages de vulgarisation. Sans dévoiler l’intrigue, c’est un thriller psychologique avec la science en toile de fond, qui ose même se conclure sur un article scientifique ! À noter qu’Ian McEwan figurait déjà dans mon palmarès 2014 avec Solaire.

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N° 2 : Expo 58 de Jonathan Coe, 2013

Ce roman drôle et touchant à la fois nous plonge dans l’Exposition universelle organisée à Bruxelles en 1958, dans une phase d’optimisme sans précédent quant aux avancées scientifiques récentes dans le champ du nucléaire, d’où le fameux Atomium. On y croise Sir Lawrence Bragg, directeur de la Royal Institution, et un développement sur la vision de “l’Homme du XXIe siècle” des scientifiques soviétiques.

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N° 1 : Ce qu’il advint du sauvage blanc de François Garde, 2012

Cette version romancée de l’histoire vraie de Narcisse Pelletier, jeune mousse vendéen abandonné sur les côtes australiennes et recueilli par une tribu aborigène, est passionnante par sa construction et son témoignage anthropologique. Les membres de la Société de géographie, qui tentent d’en savoir plus sur les”sauvages” de ces contrées du Pacifique, en prennent pour leur grade. Mais le livre, qui a reçu le Prix Goncourt du premier roman, n’est pas exempt de reproches non plus : il faut en prolonger la lecture par la passionnante analyse qu’en livre l’anthropologue Stephanie Anderson. Pour comprendre que cet ouvrage n’est pas tant un témoignage sur les mœurs étranges de certaines tribus sauvages qu’un révélateur de la vision ethnocentrée que nous pouvons en avoir ; et pour s’interroger sur le statut de ces fictions basées sur des faits réels, qui donnent surtout envie de revenir aux sources historiques

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Top 10 des romans à teneur scientifique lus en 2014

J’ai lu très exactement 39 romans en 2014, ce qui est mon meilleur score depuis de (trop) nombreuses années grâce à 1/ une discipline de fer au premier semestre (me forcer à lire au moins 20 pages chaque soir) et 2/ un nouveau boulot à l’université de Bordeaux depuis le mois de juin, qui me fait asseoir dans le tramway 50 minutes par jour et me donne largement l’occasion de lire.

De tous ces romans, goût personnel oblige, un nombre non négligeable est à consonance scientifique. Voici une petite sélection personnelle de ceux dont je recommande la lecture :

N° 10 : Intuition d’Allegra Goodman (Éditions du Seuil), 2006

Voici une histoire d’amitiés et d’inimitiés dans un laboratoire de biologie, sur fond de soupçons de fraude. Ce roman est un des meilleurs représentants du courant lab lit (“littérature de labo” pour faire court), et à ce titre j’en attendais beaucoup. Il m’a un peu déçu, j’ai trouvé qu’il traînait parfois en longueur et que son écriture était sans style ou inutilement pompeuse.

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N° 9 : La Vénus anatomique de Xavier Mauméjean (Le Livre de poche, coll. “Science-fiction”), 2004

Cette uchronie imagine que le médecin-philosophe du XVIIIe siècle Julien Offroy de la Mettrie participe à un concours organisé par Frédéric II de Prusse pour réaliser le “nouvel Adam”. Associé dans une drôle d’équipe avec le mécanicien constructeur d’automates Jacques Vaucanson et l’anatomiste rebelle Honoré Fragonard, il explore sous toutes les coutures la question de l’homme et de la machine. Résultat : un chouette voyage historique, géographique (de Saint-Malo à l’Allemagne en passant par Paris) et savant.

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N° 8 : Cosmicomics d’Italo Calvino (Le Livre de poche), 1965

On ne présente plus ces contes où Italo Calvino s’amuse à raconter de façon si originale le big bang, la fin des dinosaures, la dérive des continents… Si original mais un tantinet répétitif à force, et parfois trop tourné vers la poésie à mon goût. À noter que mon édition est ancienne mais Gallimard a édité en 2013 un volume complet comprenant Cosmicomics, Temps zéro, Autres histoires cosmicomiques et Nouvelles histoires cosmicomiques.

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N° 7 : Les Esprits de Princeton de Daniel Kehlmann (Actes Sud, coll. “Papiers”), 2012

J’ai déjà écrit tout le bien que je pensais des Arpenteurs du monde, du même auteur. Voici cette fois une courte pièce de théâtre, qui démarre avec l’enterrement du grand logicien Kurt Gödel à Princeton, en 1978. Sa veuve et ses collègues venus assister à la veillée funèbre évoquent leurs souvenirs de ce scientifique atypique et parfois dérangé qui, ces dernières années, leur a donné du fil à retordre. Kurt Gödel, ou plutôt son esprit, est présent lui aussi, pour revivre les événements de sa vie, spectateur éthéré de son évolution.

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N° 6 : La Véritable Histoire du dernier roi socialiste de Roy Lewis (Actes Sud, coll. “Babel”), 1990

Roy Lewis (à qui l’on doit le célèbre Pourquoi j’ai mangé mon père) propose ici une uchronie mordante, où les révolutions de 1848 ont fait advenir une humanité socialiste. Lewis traite en long et en large de ce qu’il adviendrait alors à la science, comme je le raconte dans mon billet “De Pierre Boulle à Roy Lewis, la science (ne) fait (pas) le bonheur”.

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N° 5 : CosmoZ de Claro (Actes Sud, coll. “Babel”), 2010

Claro est un directeur de collection, traducteur (de Pynchon, excusez du peu !) et auteur qui n’a peur de rien. Ainsi, ce gros roman est une fresque un peu dingue qui tisse ensemble le mythe du magicien d’Oz (le livre comme le film) et les horreurs du 20e siècle : Dorothy, Toto, l’Epouvantail, le Bûcheron en fer-blanc, le Lion poltron, la Sorcière de l’Ouest et un couple de Munchkins se retrouvent ainsi jetés dans les remous de l’histoire. Je retiens notamment quelques pages courageuses sur l’essor de la radiothérapie, les ouvrières de l’industrie du radium et la fabrication de la bombe atomique.

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N° 4 : Les Insolites de René Sussan (Denoël, coll. “Présence du futur”), 1984

La plus longue nouvelle de ce recueil, “Un fils de Prométhée”, s’intéresse aux événements de l’été 1816 au bord du lac Léman, quand Percy Bysshe Shelley, Mary Goodwin (ils ne se marieront qu’en décembre), Lord Byron, sa maîtresse Claire Claremont et le Dr. John Polidori se mirent en tête d’écrire chacun une histoire mystérieuse et surnaturelle. Le résultat, pour Mary Shelley, fut nul autre que Frankenstein. Mais René Sussan imagine que sous l’influence de la théorie “l’ontogénie récapitule la phylogénie” du Pr Meckel (précurseur de Haeckel), Byron et sa compagnie échafaudent une expérimentation sur son enfant à naître en extrayant le fœtus du ventre de Claire Clairmont pour le baigner dans un milieu proche du placenta, afin de le faire se développer au-delà de 9 mois et obtenir un surhomme ; le Dr Polidori s’y oppose. Je vous laisse découvrir ce texte pour savoir si l’expérimentation aura lieu et comment elle se terminera… (Cette nouvelle a reçu le Grand Prix de l’Imaginaire en 1985.)

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N° 3 : Le Prestige de Christopher Priest (Gallimard, coll. “Folio SF”), 1995

Ce roman a été adapté au cinéma par Christopher Nolan et met en scène deux magiciens qui rivalisent d’ingéniosité et de perversité pour dépasser l’autre. Avec, dans le rôle du savant fou construisant des machines infernales et entretenant l’hubris des magiciens, Nikola Tesla (joué dans le film par David Bowie !). Ce roman est captivant et bien documenté en ce qui concerne le caractères et le travail de Tesla.

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N° 2 : La Fille du temps de Josephine Tey (10/18, coll. “Grands détectives”), 1951

Ce livre est présenté partout comme un grand classique du roman policier et je n’en avais pourtant jamais entendu parler, jusqu’à ce qu’il soit mis en avant sur un présentoir de la librairie Mollat. S’inscrivant dans la lignée des whodunit, il met en scène un inspecteur de Scotland Yard cloué dans son lit, qui enquête à plusieurs siècles de distance sur les atrocités (soi-disant) commises par Richard III pour se hisser sur le trône d’Angleterre. En particulier, il souhaite faire la preuve que le souverain n’est pas coupable de l’assassinat de ses neveux, les enfants du roi Edouard IV, connu comme l’affaire des Princes de la Tour. Ce livre est une réflexion extrêmement riche et intéressante sur le métier d’historien, et la méthode historiographique. Le titre est d’ailleurs tiré d’une phrase de Francis Bacon : La Vérité est fille du Temps et non de l’Autorité.

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N° 1 : Solaire de Ian McEwan (Gallimard, coll. “Folio”), 2010

Je connaissais Ian McEwan comme un auteur sérieux, auteur du troublant “Expiation” (adapté au cinéma sous le titre “Reviens-moi”), et je le découvre drôlatique. Ce roman est le portrait au vitriol d’un chercheur en physique fictif, récompensé du prix Nobel de physique et complètement infréquentable, qui essaye de revenir dans la course scientifique pour ne pas rester un chercheur has been. Certaines scènes sont d’anthologie et j’ai hurlé de rire en lisant son périple rocambolesque au pôle Nord, en compagnie d’artistes concernés par le réchauffement climatique.

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De Pierre Boulle à Roy Lewis, la science (ne) fait (pas) le bonheur

Dans son livre intitulé Les Jeux de l’esprit (1971), Boulle imagine ce que Saint-Simon avait proposé un siècle auparavant dans ses Lettres d’un citoyen de Genève (1802) : un monde gouverné par un groupe de savants, le “conseil de Newton”, et une humanité vouée à la production et à la science. Chez Boulle, le conseil de Newton a seulement été renommé le Gouvernement scientifique mondial (GSM).

Oh que cela plairait à tous les scientistes d’aujourd’hui ! En effet, écrit Pierre Boulle,

les savants étaient arrivés à considérer qu’ils formaient de par le monde la véritable internationale, la seule valable, celle de la connaissance et de l’intelligence. La science était pour eux à la fois l’âme du monde et la seule puissance en mesure de réaliser les grands destins de celui-ci, après l’avoir arraché aux préoccupations triviales et infantiles de politiciens ignares et bavards. Alors, au cours de nombreux entretiens amicaux, presque fraternels, était peu à peu apparue la vision d’un avenir triomphant, d’une planète unie, enfin gouvernée par le savoir et la sagesse.

Car une seule chose animait la communauté des savants :

l’idéal connaissance était le pôle commun à tous les esprits scientifiques de cette époque. Pour les physiciens, il s’agissait d’une véritable religion ; pour les biologistes, d’une sorte d’éthique, un acte gratuit dont il sentaient confusément la nécessité impérieuse pour échapper au désespoir du néant. Les uns et les autres estimaient que cette connaissance totale ne serait atteinte que par les efforts conjugués de l’humanité toute entière.

Or les savants sont partageurs. Comment pourraient-ils garder pour eux un tel idéal de connaissance et de sagesse ? Les voici donc lancés dans un programme de prise de conscience scientifique du monde. Car ils ne veulent plus refaire les mêmes erreurs et tiennent à éviter l’écueil dangereux, autrefois sarcastiquement signalé par les romanciers d’anticipation : le partage de l’humanité en deux classes, les savants et les autres, ceux-ci condamnés aux travaux grossiers et utilitaires, ceux-là enfermés dans une tour d’ivoire, bien trop exiguë pour permettre l’épanouissement total de l’esprit.

C’est là que Boulle fait une description visionnaire, qui rejoint tellement le rêve de certains vulgarisateurs et popularisateurs des sciences :

Un immense réseau de culture scientifique enserrait le monde. Un peu partout, des établissements grandioses s’étaient élevés, avec des amphithéâtres assez nombreux et assez vastes pour que, par un roulement savamment organisé, la population entière des villes et des campagnes pût y prendre place en une journée, avec des bibliothèques contenant en milliers d’exemplaires tout ce que l’homme devait apprendre pour s’élever l’esprit, depuis les rudiments des sciences jusqu’aux théories les plus modernes et les plus complexes. Ces centres étaient également pourvus d’un nombre considérable de salles d’étude, avec microfilms, appareils de projection, télévision, permettant à chacun de se familiariser avec les aspects infinis de l’Univers. Dans des laboratoires équipés des instruments les plus modernes, tout étudiant pouvait faire des expériences personnelles sur les atomes, provoquer lui-même des désintégrations, suivre le tourbillon magique des particules à travers bêtatrons et cyclotrons, mesurer avec des appareils d’une délicatesse extrême les durées de quelques milliardièmes de seconde séparant la naissance et la mort de certains mésons.

Tout va bien dans le meilleur des mondes ? Non, parce que Boulle est un adepte du “renversement ironique”, comme le nota si bien le critique Jacques Goimard. Très souvent, il s’est attelé à faire ressortir les paradoxes de l’esprit humain et le côté dérisoire de nos aspirations utopiques. Car rapidement, le GSM ne peut que constater les échecs essuyés en matière d’instruction mondiale :

Chaque famille voulait avoir sa maison particulière avec piscine. Cette soif de bien-être, ce désir du monde de s’approprier les acquisitions de la science et de la technique sans en comprendre l’esprit et sans avoir participé à l’effort intellectuel de découverte, ne se limitaient pas aux habitations. (…) Des savants, des cerveaux précieux devaient interrompre ou ralentir leurs travaux de recherche fondamentale, dirigés vers le vrai progrès, pour se mettre au service du monde et satisfaire ses besoins immodérés de confort, de luxe et de raffinement matériels.

Eh oui ! La chute est d’autant plus rude que le rêve était grand : rien à faire, l’Homme restera l’être paradoxal qu’il est, autant capable de pensées absolues que de désirs de confort matériel. Ce que Roy Lewis (à qui l’on doit le célèbre Pourquoi j’ai mangé mon père) décrit également dans son uchronie mordante La Véritable Histoire du dernier roi socialiste (1990). Sa prémisse, c’est celle d’une civilisation “socialiste” qui a mis la science et les savants sous la protection de l’Inpatco (International Patent Convention), allant au bout de quatre grands courants de pensée en vogue en 1848 :

  • les craintes prémonitoires des romantiques selon lesquelles la science et la technologie allaient séparer l’homme de la nature et de Dieu
  • le luddisme, ce mouvement ouvrier qui démolit les métiers à tisser pour sauvegarder le gagne-pain des drapiers et tisserands
  • le socialisme, conçu en réaction contre le capitalisme et le système industriel
  • la théorie darwinienne de l’évolution, qui fit entrevoir l’accession des machines à la faculté de penser et, par conséquent, la réduction de la fonction humaine au service des machines et au développement de leurs capacités.

Dans cette uchronie, une version alternative de l’Histoire telle qu’elle aurait pu être si les révolutions de 1848 avait tourné différemment, l’Inpatco n’est rien d’autre qu’un “trust universel” auquel est confié la propriété, au nom de l’humanité, de toutes les nouvelles inventions, à charge de ne les mettre en circulation que lorsqu’elles produiraient des emplois et des améliorations des conditions d’existence sans entraîner désastres ni chômage, ni destruction de la nature. Pas question par exemple d’introduire l’électricité, qui mettrait à mal les travailleurs du gaz. La bicyclette, elle, fut mise en circulation avec un grand succès, alors que une suggestion de doter les villes de vélos-taxis efficaces ou de voitures à pédalier a été repoussée avec violence par les cochers de fiacre.

Résultat :

Vers le milieu des années 1860, les gouvernements et les populations laïques avaient perdu le contact avec les travaux et les objectifs des savants et des techniciens. Vers 1880, ils n’étaient plus au courant de ce qui se passait dans les réserves [laboratoires de l’Inpatco]. Le XXe siècle était déjà bien entamé qu’on sous-estimait encore largement les progrès réalisés par l’Inpatco dans les domaines scientifique et technique. Les réserves furent fermées au public. Les publications spécialisées de l’Inpatco étaient protégées et interdites de vente dans les librairies coopératives. De toutes façons, le citoyen socialiste profane n’aurait pu les comprendre.

À défaut, les peuples d’Europe et d’Amérique s’ennuient et se droguent à l’opium, distribué légalement : à eux les paysages exotiques et érotiques, bien qu’illusoires et destructeurs de cellules grises, de l’empire du pavot…

Alors que chez Pierre Boulle le gouvernement scientifique produisait une humanité vautrée dans le confort, chez Roy Lewis ce luxe est inaccessible et seule la griserie de la drogue permet d’échapper à un morne quotidien. Deux extrêmes donc, mais un point commun à vingt ans d’écart : ces deux contes servent surtout à illustrer le côté dérisoire de nos aspirations modernes, et l’impossibilité pour notre société de devenir aussi savante que ses savants.

Ce point de vue est intéressant, et bien traité dans les deux cas. Mais ce qui m’étonne, c’est que ces auteurs interrogent nullement les motivations des savants, lesquels ne font que ce que les gouvernements leur demande. Je fais l’hypothèse qu’aujourd’hui, avec l’essor de la sociologie des sciences, la littérature s’intéressera de plus en plus à ce qui meut les savants collectivement et individuellement. C’est le cas de quelques (grands) romans que j’ai lu récemment et que je vous recommande : Intuition d’Allegra Goodman (2006), thriller psychologique sur une suspicion de fraude dans un laboratoire de biologie ; Des éclairs de Jean Echenoz (2010), biographie romancé de Nikola Tesla ; et Solaire de Ian McEwan (2010), roman cynique sur un prix Nobel de physique en prise avec sa vie et sa carrière.

N.B. : La partie sur Les Jeux de l’esprit est tirée de mon article “Retour sur le colloque Pari d’avenir : pourquoi changer les pratiques de la culture scientifique ?” (août 2008).

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