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Etudes sociales des sciences et techniques


Introduction générale


Force est de reconnaître que l'histoire dite des sciences est un champ d'investigation longtemps réputé difficile d'accès à l'historien qui, par ailleurs, l'a longtemps dédaigné comme s'il ne relevait pas de sa compétence. Ce phénomène a souvent été explicité par la difficulté supposée des textes scientifiques qui aurait rebuté l'historien. Cet argument est difficilement tenable si l'on remarque que l'historien investit bien, sans complexe aucun, des domaines au moins aussi ardus que celui des sciences — comme par exemple les financements des grandes entreprises. Plus que la difficulté des écrits scientifiques, c'est l'accaparement ancien du domaine de l'histoire des sciences par les scientifiques eux-mêmes — des physiciens surtout — et par les philosophes, qui a sans doute longtemps tenu l'historien éloigné de l'histoire des sciences et ce, me semble-t-il, pour deux raisons.

Axes théoriques des deux principaux courants actuels de la sociologie des sciences


Pour situer notre approche, rappelons brièvement les principaux axes théoriques des deux principaux courants actuels de la sociologie des sciences. Le premier courant, présenté aujourd’hui comme dominant (Callon, 1995 ; Jasanoff, 1995) est celui de la sociologie des réseaux sociotechniques. À l’analyse de la « science déjà faite », cette approche privilégie l’analyse de la « science en train de se faire » (Latour, 1989 ; Callon, 1989). Par cette formule, elle cherche à construire un récit moins lisse, où l’activité scientifique résulte d’un processus de construction aussi bien social que technique, où les scientifiques sont plongés dans des controverses, où ils fonctionnent en collectif et doivent composer avec des instruments et des objets techniques qui échappent aux scripts imaginés par leurs concepteurs et dont les variations redessinent, à leur tour, de nouvelles connexions. À la froideur de la science déjà là, ces sociologues substituent un processus incertain et chaotique fait d’allers et retours permanents, où la diffusion de telle ou telle théorie dépend moins de ses qualités intrinsèques que des capacités des scientifiques à opérer des traductions pour enrôler des alliés, et, ce faisant, à étendre leurs réseaux et à clore les controverses (Latour, 1989). Cette approche a suscité une vague de travaux plus attentifs au déploiement de l’activité scientifique et technique, mais l’insistance portée à la description fine et systématique du déploiement des réseaux sociotechniques s’effectue, selon nous, au détriment d’une analyse contingente et historique des formes d’action collective où s’exerce l’activité des scientifiques. Comme le remarque Nicolas Dodier (Dodier, 1997), la théorie des réseaux sociotechniques consière qu’il n’est nul besoin, pour expliquer les interactions sociales, de recourir à la notion de société ou d’ordre social ; il suffit, pour cela, de suivre le déploiement des réseaux opéré autour des objets techniques ou scientifiques. Cette posture théorique évite la collection d’études de cas grâce à une standardisation poussée d’un langage à visée descriptive. Mais cette standardisation a sa contrepartie : les spécificités sociohistoriques de chaque récit tendent alors à être gommées au profit de la mise en exergue des notions universelles de la description (traduction, intéressement, enrôlement, inscription). Plus fondamentalement, on peut s’interroger sur la place de ce langage au sein d’une théorie plus large de l’action collective (Hatchuel, 2001a), notamment sur la manière dont il rend compte des modes de connaître, d’apprendre ou de juger des acteurs.
À côté de cette première approche, un deuxième courant (Gibbons et al., 1994 ; Nowotny et al., 2001) vise à caractériser les rapports entre la recherche scientifique et la société. Ces travaux distinguent deux modèles de dynamique de la science :
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