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1. La tradition méconnue des voyages agronomiques / Les voyages agronomiques, d'Arthur Young à René Dumont


 Contents 


1. 1. Pistes de réflexion


moins institutionnalisés, moins exotiques et aventureux, s'étalent sur une durée plus courte
plus modestes : se confronter d'égal à égal avec l'agriculture d'un autre pays, et non partir pour revenir avec de nouvelles espèces pour le prestige de son pays ; curiosité ± un peu de défiance ironique ; comprendre et non découvrir
s'intéresser aux pays voisins dont les conditions sont semblables ; l'intérêt dans les pays éloignés et exotiques viendra bcp plus tard, dans le développement agricole (cf. René Dumont)


1. 2. Œuvres




1. 3. Voyages d'Arthur Young (1741-1820)


Dirigeant un petit domaine de sa mère à l'âge de 22 ans, il courut d'échec en échec pendant 12 ans. Reprenant différentes exploitations en fermage, il ne réussit jamais non plus à les gérer correctement et à gagner de l'argent. Cherchant à de nombreuses reprises la ferme idéale et rentable, il parcourut tout le sud de l'Angleterre examinant l'agriculture, les techniques, l'économie agricole. Puis il eut la bonne idée de présenter les résultats de son enquête sous le titre Tour de six semaines à travers le sud de l'Angleterre. Le public accueillit favorablement l'ouvrage : la vraie vocation de Young était née : il serait en quelques sortes journaliste agricole itinérant.
C'est ainsi qu'il fit le tour de toute l'Angleterre, de l'Irlande, puis de la France, de l'Espagne et aussi de l'Italie en publiant au fur et à mesure ses voyages. Ses Voyages en France édités en 1792 relatent les trois séjours qu'il fit dans notre pays du 15 mai au 15 novembre 1787, du 1er août au 15 octobre 1788 et du 5 juin 1789 à la fin de janvier 1790. Il a visité la plupart des lieux où s'est forgée l'agriculture de notre pays et a été reçu par les agronomes français contemporains. A Paris, il a rencontré en particulier Broussonnet, Parmentier, Lavoisier et Crette de Paluel. En Province, il a visité les domaines de Turbilly, de l'Abbé Rozier, et d'Olivier de Serres.
En annexe de son ouvrage, sa carte de France des "Terrains et limites de cultures" est succincte, mais c'est la première fois qu'une telle synthèse est tentée à l'échelle de notre pays. Elle a eu le mérite d'exister à une époque où les Français n'étaient pas en mesure d'en dresser une. Son ouvrage contient aussi une carte qui donne la répartition des cultures : limite nord de la vigne et du maïs, de l'olivier ainsi qu'une classification des sols étonnante.
Par ailleurs, le récit de cet étranger qui parcourt la France à la veille et au début de la révolution, est particulièrement intéressant concernant les problèmes sociaux. L'état d'esprit des grands propriétaires l'étonne. Il sait aussi faire le portrait des hommes :

Je remarquai, il y a deux ans, que M. Parmentier était le meilleur homme du monde… il entendait tous les détails de la boulangerie mieux que personne, comme ses ouvrages le démontrent clairement… Nous allâmes à la plaine des Sablons, pour voir les pommes de terre de la Société et les préparatifs qu'elle fait pour cultiver des navets… Quel malheur pour des cultivateurs philosphes que Dieu ait créé du chiendent !

En résumé, Arthur Young est, en France, le plus célèbre des agronomes anglais du XVIIIe siècle finissant, bien que son rôle scientifique soit faible et sa compétence pratique et technique douteuse. Mais ce fut un merveilleux vulgarisateur et un observateur précis et objectif. Young fut aussi un grand ami de notre peuple.

Voir texte numérisé : Arthur Young's Travels in France During the Years 1787, 1788, 1789 external link


1. 4. Essai sur l'économie rurale de l'Angleterre, de l'Écosse et de l'Irlande (Léonce de Lavergne)


(reprend 9 articles de la Revue des deux mondes parus en 1853 après un voyage fait en compagnie d'Ampère. L'ouvrage comporte des éléments du cours donné à l'Institut agronomique de Versailles (où il fut professeur d'Économie et de législation rurale) en 1850 et 1851. Il fait la gloire de son auteur qui est immédiatement élu dans les Institutions académiques (Société centrale d'agriculture de France, Académie des sciences morales et politiques, Royal Agricultural Society of England de Londres). Il échoue de bien peu à l'Académie française. Dans cet ouvrage, il traite des rendements en céréales deux fois plus grands dans les Iles britanniques qu'en France. Il étudie le milieu physique britannique (sol, climat, relief) et le trouve similaire à celui de la France. Donc, dit-il, il faut rechercher ailleurs les raisons de ces différences de rendement, notamment dans les différences de régime politique et social. Il se trompe car le climat anglais est beaucoup plus favorable en particulier à la pousse de l'herbe ainsi que le relief moins accentué, la population plus faible, les sols (en France, ceux-ci sont moins profonds et plus anciens et donc plus appauvris depuis l'aube des temps agricoles, plus ancienne en France qu'en Angleterre). Ce serait plutôt la richesse de l'agriculture qui fait la nature politique relativement heureuse de la société britannique et non l'inverse.


1. 5. Voyage de Tisserand


Tisserand, en sortant major en 1852 de l'Institut agronomique de Versailles, reçoit une importante bourse de voyage de 3 ans ; cela lui permet de visiter une partie de l'Europe. Puis il est chargé de différentes missions agronomiques à l'étranger. Au total, il va voyager pendant 6 ans de 1852 à 1858. Il séjourne en Angleterre, Écosse, Hollande, Danemark, Suède, Norvège et Allemagne. Sa première œuvre écrite sera Études économiques sur le Holstein, le Slesvig et le Danemark publié en 1865. De Suède et de Norvège il ramène un autre ouvrage : La végétation dans les hautes latitudes (1875). Il retiendra deux idées complémentaires et essentielles de ses contacts avec les grands agronomes du nord de l'Europe :
  1. les plantes sont perfectibles. On peut améliorer leur rendement et leur production par la sélection,
  2. mais cela n'est possible que si on améliore aussi le milieu dans lequel elles vivent : essentiellement le sol et les conditions de la nutrition végétale.

A l'occasion de ses voyages et au contact de gros exploitants, il a très bien compris que la comptabilité agricole n'est pas seulement, comme on le pensait alors, une technique pour faire face au fisc : bien faite, elle permet de percevoir le jeu véritable des facteurs de production et de choisir les objectifs à atteindre pour améliorer l'efficacité des exploitations. Plus tard, Tisserand se rendra en Suisse, Autriche, Hongrie, Russie, Asie Mineure, Italie et Espagne.
Il rapportera une expérience considérable de tous ces voyages. Il indiquera plus tard :

Pendant le cours de mes missions, j'ai adressé de nombreux rapports au ministre de l'Agriculture en lui faisant connaître les faits saillants de l'économie rurale de chaque contrée et les améliorations dont notre propre agriculture pouvait bénéficier.

Plus tard, il publiera l'expérience de ses voyages sous forme d'un ouvrage entier. Ses rapports de mission auront été à tel point remarqués qu'il sera nommé directeur de l'INA puis gestionnaire des propriété agricoles de Napoléon III, avant d'entamer une carrière de haut-fonctionnaire.


1. 6. Notes


1. 6. 1. Voyage agronomique en Auverge


Les voyages agronomiques sont un second moyen [de répandre les notions véritables sur la culture et l'économie], non moins puissant en eux-mêmes, et par l’étendue qu’on peut leur donner sur des contrées éloignées, avec lesquelles ils fournissent des sujets de comparaison, des connoissances nouvelles, et des moyens pour réduire à l’état de simples préjugés, des opinions souvent fort accréditées. Des voyages de cette nature offrent sûrement un vaste champ aux hommes dignes de le cultiver. Les Anglais nous en ont fourni le modèle dans les voyages du célèbre Arthur Ioung (sic), voyages entrepris dans les vues si honorables et si utiles, d’enrichir sa patrie de toutes les observations que lui offriroit la culture des nations dont il alloit interroger le génie agricole. [L’ouvrage d’Arthur Young passe trop légèrement sur le cas de la France, et l’ordre y manque. Défaut de méthode d’ailleurs inhérent à la manière de tous les étrangers...]

1. 6. 2. Voir aussi du côté de…




Ce livre a pour objectif de définir ce que devrait être, selon Olivier de Serres, un domaine organisé et géré en utilisant au mieux toute l'expérience et toutes les connaissances agricoles de l'époque. On y observe que la pratique agricole est déjà fort évoluée en ce début du XVIIe siècle. Cela s'explique aisément : plus de deux mille ans de tâtonnements avaient permis de tester différentes techniques et de retenir celles qui constituaient un progrès. C'était particulièrement vrai pour ce qui concerne les productions végétales. Il n'en reste pas moins qu'Olivier de Serres n'est pas un scientifique. "Olivier de Serres n'interprète pas lui-même les phénomènes qu'il observe, il accepte la théorie des anciens, quand elle ne choque pas trop son bon sens et se borne à décrire en détail toutes les opérations culturales sans chercher à en établir les fondements théoriques. En écrivant un traité complet d'agriculture, il fait œuvre de technicien, non de savant." (Raoul Cerighelli, professeur à la faculté des sciences de Marseille, 1947). Le 20 août 1789, Arthur Young fit un détour par le Pradel : "Je contemplai la demeure de l'illustre père de l'agriculture française, de l'un des plus grands écrivains sur cette matière qui eussent alors paru dans le monde…" (Voyages en France) Ce que dit Olivier de Serres (dans la préface) des différents terroirs :

Je ne veux pas dire, qu'il n'y ait différence de terre à terre. Ce seroit avoir perdu le sens commun, d'esgaler tous terroirs en bonté et fertilité : mais bien, que l'expérience n'a pas, sans suject, faict recognoistre la vérité de ce proverbe, un pays vaut l'autre. La montagne où il y a des arbres et herbages, dont il se retire plusieurs commodités servans à divers sugaes de très-grand profit, ne cède en revenu à la vallée et campagne, qui ne rapportent le blé qu'avec beaucoup de despence et labeur. Cela se void assés sans en recercher la preuve ailleurs que dans notre contrée de Languedoc, d'où les plus grands et riches maisons, sont ès montaignes de Vivarets et Gévaudan.




1. 7. Sources


Jean Boulaine et Jean-Paul Legros. D'Olivier de Serres à René Dumont, portraits d'agronomes. 1998 (Lavoisier Tech & Doc)
Olivier de Serres. Le théâtre d'agriculture et mesnage des champs. 1996 (Actes Sud coll. Thesaurus)
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