La science, la cité

Le blog d'Antoine Blanchard alias Enro

 

mardi 26 septembre 2006

Le premier barreau de l'échelle qui grimpe vers les sommets de la science

Bien qu'il est facile de promouvoir partout que l'accès libre aux résultats de la recherche profite à  tous, le grand public a souvent des difficultés à  "rentrer" dans un article scientifique. On peut considérer que c'est aussi le cas des scientifiques étrangers au domaine, ou qui s'en sont éloignés depuis longtemps etc.

Or la revue Public Library of Science Biology (évidemment en accès libre) propose une solution intelligente en accompagnant tous ses articles de recherche, techniques et ardus, de "synopsis" écrits par des écrivains scientifiques. Ainsi, cet article sur la signalisation du stress chez les diatomées (algues unicellulaires) s'accompagne de son synopsis, au même titre que cet article sur la manière dont nous apprenons des mouvements de notre corps et intégrons les informations spatiales et motrices correspondantes.

Ce petit pas, plus méthodologique que technique, pourrait se révéler plus important qu'il n'en a l'air. Comme le ridicule premier barreau de l'échelle sans lequel on ne peut monter tout en haut, il permet véritablement à  tous de grimper vers les sommets de la science en marche...

N.B. Les articles pris en exemple ici ne l'ont pas été par hasard, les personnes à  qui ce clin d'oeil s'adresse se reconnaîtront !! ;-)

samedi 23 septembre 2006

La démocratie avant l'éducation scientifique

L'auteur de ce blog soutient que la diffusion de la culture scientifique et sa pédagogie vont de pair avec le projet d'ouverture démocratique de la science. Mais lequel précède l'autre ? Jean-Marc Lévy-Leblond, dans La pierre de touche : la science à  l'épreuve... (Gallimard Folio essais, 1996), propose une réponse très séduisante :

Loin que l'accroissement général du niveau de culture scientifique et technique de la société soit un préalable à  l'extension du projet démocratique à  la technoscience, c'est, tout à  l'inverse, cette extension qui stimulera cet accroissement : c'est la prime accordée à  la conscience qui développera la compétence.

On peut penser ainsi (et je le fais) mais rien ne nous prouve que cet agenda est le bon. Par contre, il y a des exemples concrets qui montrent que débat public et culture scientifique vont bien de pair : dans le cas des OGM en France, si l'on peut regretter l'absence d'ouverture démocratique, on ne peut que constater que les citoyens se sont invités dans le débat. Or, les régions concernées (essentiellement autour de Clermont-Ferrand et de Toulouse) sont précisément celles d'où émanent le plus grand nombre de requêtes sur "OGM" avec Google[1]. Citoyens concernés = citoyens qui s'informent[2] en somme !

Alors effectivement, il est difficile de dire qui de l'information ou de l'engagement a précédé l'autre. Mais la preuve est belle, non ?

Notes

[1] C'était vrai en juillet 2006 mais Neuilly-sur-Marne est devenu n° 2 entre temps. J'avoue manquer d'explications...

[2] A nous de faire en sorte que la "meilleure" information possible soit à  leur disposition.

vendredi 22 septembre 2006

Un nouveau blog universitaire !

Ca y est, c'est officiel, ce blog est désormais un blog universitaire puisque j'ai entamé aujourd'hui mon Master "Etudes sociales des sciences et technologies" à  Strasbourg. Nul doute que cela contribuera à  l'enrichir en réflexions de fond sur la place de la science dans la société, s'appuyant sur les théories développées par la sociologie des sciences. J'espère aussi que ce blog pourra participer à  rendre plus visible l'enseignement de la sociologie des sciences en France...

Mais bien sûr, le côté militant et engagé va rester !!

lundi 18 septembre 2006

Circuit de la communication en science

Rob Helpychalk vient de poster un schéma très clair des circuits de communication en science :

On aperçoit essentiellement une hiérarchie verticale chercheur --> journaliste et vulgarisateur --> citoyen, à  sens unique. Or, sur le côté gauche, des flèches transversales interrompent le flux naturel et des "citoyens éclairés" (informed citizen) s'abreuvent directement aux sources de l'information scientifique (grâce à  l'accès libre !) et des blogs de chercheurs. Et cette fois, l'information circule à  double sens.

Même si ce schéma laisse de côté les relations avec la sphère politique et économique, on peut y voir les réminiscences des deux modèles de l'instruction publique (vertical) et du débat public (transversal). Et on ne peut s'empêcher d'y superposer nos propres fantasmes militants : à  court terme, l'objectif pourrait être d'améliorer les mécanismes de médiation reposant sur les journalistes et les médias ; à  moyen terme, de transformer tous les "citoyens moyens" (average citizen) en "citoyens éclairés" ; à  long terme, de basculer vers le troisième modèle de démocratie technique : la co-production des savoirs, sur lequel je reviendrai :-) .

mercredi 13 septembre 2006

Journée d'étude "Science et Démocratie"

Le 7 novembre prochain se tiendra une journée d'étude qui ne peut que nous interpeller, consacrée à  la "Science et Démocratie: Savoirs distribués et Pouvoirs". Organisée par le Centre Alexandre Koyré à  Paris (détails et informations pratiques), sous la direction scientifique de Sezin Topçu[1], elle va s'intéresser aux formes nouvelles des savoirs distribués, qui sont des types de

savoirs n’ayant rien à  envier aux meilleurs savoirs scientifiques : par exemple de savoirs épidémiologiques (sur les maladies rares); de savoirs et savoir-faire techniques de première importance (en radio dans les années 1930, dans les logiciels aujourd’hui) ; ou encore de savoirs qui tiennent leur puissance du fait d’aborder des questions que les sciences réductionnistes et centralisées ne peuvent que voir mal : la variété écologique, biologique ou humaine ; la complexité des interactions locales ; l’identification de nouveaux risques par les ‘victimes’, des menaces pesant sur les personnes, les biens ou l’environnement (...).

Plus intéressant pour nous, elle va aussi se pencher sur

la question des catégories, du basculement des catégories qui organisent notre appréhension des choses aujourd’hui. « Public », « profane », « société civile », « responsabilité », « gouvernance », « démocratie participative », « transparence » ... — autant de termes et d’expressions qui ont émergé dans les dernières décennies et se sont mis à  structurer l’espace politique et social, à  le transformer, à  le ‘performer’ de façon neuve. La variété de leurs usages témoigne de la place que ces catégories ont acquise, aussi bien dans le champ de l’étude des sciences et le domaine STS que dans les sphères politiques, industrielles, institutionnelles ou médiatiques. Ces catégories, construites dans des circonstances spécifiques à  travers des processus politiques et cognitifs complexes qui restent à  analyser, sont souvent employées aujourd'hui comme des évidences. Elle légitiment certains modes d’action, certains groupes et enjeux, et en rendent invisibles d’autres. La polysémie est ici souvent centrale : on parle ainsi parfois indifféremment de public, de citoyen, de profane, de société civile, voire de client ou de consommateur.

Les questions qui nous intéresseront dans cette troisième session sont : comment, où, à  travers quels acteurs, ont émergé, se sont mises en place, se sont vus réappropriées puis devenir hégémoniques un certain nombre de manières de décrire et de concevoir le monde de la science et du social, la nature et le politique? Quelles autres catégories ont disparues dans ce processus, quels cadrages ont perdu leur pertinence, quelles questions ont perdu leur légitimité – et quels groupes en ont souffert? Est-il possible de repérer l'émergence de ces catégories dans le milieu académique mais aussi dans les sphères politiques, industrielles ou médiatiques ? (...) Quelles tensions émergent de leurs usages multiples, et quelles tensions suscitent-elles dans le corps social ? Y-a-t-il des domaines technico-scientifiques (nucléaire, biotechnologies, médicine ...) où leur émergence ou resurgissement ont été primordiales, généalogiquement décisifs ? Le but est d’analyser des situations dans lesquelles certaines de ces catégories se sont construites (et reconstruites), de rendre compte des conditions de production, des formes de justifications, des relations de pouvoir, des perceptions et des systèmes de valeurs auxquelles elles font référence – et finalement de leur victoire.

Chouette programme !! :-)

Notes

[1] Sezin Topçu qui va d'ailleurs publier prochainement un article qui promet d'être intéressant dans le vol. 14 n° 3 de la revue Natures Sciences Sociétés : "Nucléaire : de l'engagement « savant » aux contre-expertises associatives".

jeudi 7 septembre 2006

Education scientifique et illetrisme médical

Cervantes a récemment blogué de manière intelligente en réaction à  un article en accès libre du New England Journal of Medicine. Quand celui-ci met l'accent sur l'illetrisme qui touche 14 % des américains et les empêche de lire les posologies des médicaments, Cervantes préfère s'attarder sur les adultes qui savent très bien lire mais éprouvent des difficultés pour comprendre les explications de leur médecin et finalement, les principes biologiques qui sous-tendent tout traitement.

Dans ses recherches, le blogueur a rencontré des douzaines de séropositifs qui ne comprenaient pas les notions de charge virale ou de résistance aux médicaments, croyant que cette dernière expression désignait la résistance du corps et non celle des virus. Sur 60 personnes interrogées, une seule a pu expliquer que les résistances apparaissent par processus d'évolution darwinienne. Or cette information est cruciale quand il s'agit de comprendre son traitement et ses implications sur le comportement en matière d'hygiène, de sexualité. Souvent, les médecins sont donc condamnés à  utiliser des métaphores militaires: les virus sont les "ennemis" et les médicaments les "soldats". Des métaphores bien trompeuses et plutôt méprisantes...

On rejoint là  une de mes préoccupations, l'éducation à  la science. Le présent exemple (et les exemples frappants comme celui-ci ne courent pas les rues !) montre bien que cette culture prend une importance croissante et que le niveau moyen des connaissances scienitfiques devrait s'en ressentir. A méditer...