La science, la cité

Le blog d'Antoine Blanchard alias Enro

 

jeudi 27 juillet 2006

Blog en vacances...

Je pars en vacances sans connexion internet. Ce blog est donc momentanément en pause et les commentaires fermés...

Rendez-vous dans 15 jours pour encore plus de relations entre science et société !!

lundi 24 juillet 2006

Pourquoi impliquer les citoyens dans les politiques scientifiques ?

Il est intéressant de voir combien l'idée de rendre compte de ses recherches aux citoyens voire de les impliquer dans la définition des politiques de recherche est étrangère à  la plupart des chercheurs. Ainsi pour Ryuujin, élève-ingénieur en agronomie, "la recherche ne peut pas tenir compte de l'opinion publique ; celle-ci n'est pas dirigée par des motivations rationnelles, mais manipulée par des lobbys !"

Pourtant, la raison en est simple (en plus de l'urgence qu'il y a à  réconcilier la recherche française avec son public) : la science propose des choix mais c'est à  la société de choisir ce qu'elle veut pour elle-même, de faire les choix politiques et sociétaux qui sous-tendent la gestion du risque :

La science propose des choix, le droit les traduit en élaborant des normes, l'éthique alerte sur les enjeux concrets qu'ils signifient et apprécie des comportements à  l'aune de ces mêmes choix. La société ne peut s'en remettre à  aucune de ces disciplines pour décider de son avenir, sinon il lui échappera, mais n'est-ce pas déjà  le cas ? (Bertrand Mathieu, « Sciences dans la vie, droit et éthique » dans Cahiers français n° 294, jan-fév 2000)

Ce qui nous rapproche de cette phrase de Stephen Jay Gould (dans Le Renard et le hérisson, 2005), que j'aime beaucoup :

Aucune conclusion factuelle de la science (touchant à  ce qu'"est" la nature) ne peut à  elle seule déterminer une vérité éthique (touchant à  ce que nous "devrions" faire).

Voilà  pour le "Pourquoi ?". Quant au "Comment ?", je reviendrai prochainement sur les conférences de citoyens...

vendredi 21 juillet 2006

Laver ses fruits et légumes

Puisque le but de ce blog est aussi d'épingler les erreurs sur la science vus et lus à  gauche et à  droite, voici un cas intéressant, trouvé il y a deux jours :

Saviez-vous que les pesticides ne sont pas solubles dans l'eau ? Ce qui signifie que passer une pomme ou une tomate sous l'eau ne sert pas à  éliminer les agents toxiques. Il faudrait pour cela les frotter à  l'eau savonneuse.... je sais pas vous, mais moi je ne le fais pas...

Cette personne relaie donc une information dont elle a eu vent, qui semble avoir une réelle implication mais sans en tirer les conséquences qui s'imposent... Mais est-ce seulement vrai ? Manifestement non, puisque l'une des caractéristiques des pesticides est leur "cœfficient de partage octanol-eau", noté Log Kow, qui exprime justement la tendance à  être soluble plutôt dans l'eau ou plutôt dans l'huile. Et ce cœfficient varie selon les produits, on ne peut en déduire aucune généralité. Ainsi, l'abamectine est insoluble dans l'eau, le bromoxynil a une solubilité de 130 mg/L et le trichlorfon une solubilité extrêmement grande de 120 g/L ...

Bref, on peut continuer à  suivre les conseils habituels (Le Guide nutrition et santé, éd. Vidal) :

Pour les débarrasser de la poussière et des résidus de pesticides, les fruits et légumes frais doivent être nettoyés à  l'eau. Attention à  ne pas les laisser tremper trop longtemps, car ils perdent une partie de leurs sels minéraux et de leurs vitamines. Les melons, les pommes de terre ou les carottes peuvent être brossés.
L'épluchage permet d'éviter l'ingestion des pesticides et des fibres irritantes pour le tube digestif. Mais il élimine aussi des minéraux, des vitamines et des antioxydants contenus dans la peau des fruits et légumes. Mieux vaut donc faire des épluchures fines, se contenter de brosser ou gratter à  l'aide d'un couteau ou d'une éponge abrasive les légumes primeurs ; pour les courgettes, les aubergines et les concombres, laisser une partie de la peau. Chaque fois que possible, consommer la peau après un lavage soigneux.

mardi 18 juillet 2006

Colloque CNRS "Sciences et Société en mutation"

Bonne nouvelle de la part du CNRS, qui annonce son prochain colloque intitulé "Sciences et Société en mutation" (20-21 novembre 2006). Il s'agit, selon l'un des organisateurs, d'une "étape destinée à  ce que la relation entre science et société soit encore mieux prise en compte dans les politiques de notre établissement, et mieux comprise par les forces vives du CNRS. Au cœur du colloque se trouvent ainsi l'esprit d'écoute et la démarche de participation." Espérons que ce ne soit pas un vœu pieux... Et le CNRS d'annoncer trois enjeux principaux :

  • Qu’est-ce que la question ‘Sciences-Société’ de nos jours ?
  • Quels sont les enjeux de société pour lesquels une contribution de la recherche est féconde ?
  • Comment définir l’évaluation des relations ‘Sciences-Société’ ?

Même si le colloque lui-même est réservé aux personnels du CNRS et à  ses partenaires directs, on attend ses conclusions avec impatience...

dimanche 16 juillet 2006

Chercheurs et grand public, un échange à  double sens

J'ai déjà  rapporté mon expérience de débat public sur les nanotechnologies qui a suffit à  me convaincre que, non, rapprocher les chercheurs de la société ne signifie pas uniquement faire preuve de pédagogie et expliquer ce que l'on fait dans les laboratoires. Il s'agit avant tout d'ouvrir un débat, les uns ayant autant à  apprendre des autres.

Evidemment, cette idée n'est pas ancrée dans les comportements des chercheurs, comme le montre un récent sondage de la Royal Society ; à  la question "Que signifie pour vous s'engager auprès du grand public ?", voici ce que répondent les chercheurs britanniques interrogés :

  • 34% = informer, expliquer, promouvoir la connaissance scientifique
  • 15% = expliquer les implications, la pertinence, l'utilité et la valeur de la recherche
  • 13% = écouter, comprendre le grand public, impliquer les gens dans la science, débattre à  propos de la science, prendre des décisions fondées sur la science
  • 13% = parler en public, intervenir lors de conférences ou démonstrations
  • 10% = passer par les médias
  • 10% = expliquer le processus scientifique, ce qu'on y fait et pourquoi, les limitations
  • 9% = intervenir dans les écoles, auprès du jeune public
  • 7% = c'est important et vaut le coup
  • (…)
  • 4% = corriger la mauvaise presse, les préjugés
  • 3% = cela ne signifie pas grand chose
  • (…)

En fait, tous ces aspects sont également importants ; mais le numéro 3 ne mérite pas, à  mes yeux, ses maigres 13%... Il y a décidément encore beaucoup de travail pour faire évoluer les mentalités des chercheurs...

jeudi 13 juillet 2006

Accès libre aux résultats de la recherche : des articles scientifiques pour tous !

Le modèle de publication dit de l'open access, ou accès libre aux résultats de la recherche, fait passer la charge du financement des lecteurs aux auteurs. Ainsi, ce qui ne change pas grand chose pour les organismes de recherche (les dépenses sont juste transférées du poste de la bibliothèque à  celui des équipes de recherche), représente un bond en avant pour l'accès à  l'information scientifique : désormais, une part grandissante de la littérature scientifique peut être lue sans contraintes, partagée, traduite, réimprimée, reprise etc. grâce à  des licences très souples type Creative Commons. Une utopie dont Gutenberg et Paul Otlet n'auraient même pas osé rêver !!

Ainsi, Lionel Suz, médecin à  la Réunion et dont le blog s'étend longuement sur l'épidémie de Chikungunya, a pu — sans être chercheur et avoir accès à  une bibliothèque universitaire — rendre compte d'un récent article paru dans Public Library of Science Biology sur le séquençage de différentes souches du virus chikungunya isolés dans l'Océan Indien. Et c'est ainsi que de proche en proche, par relais et traductions interposées, d'Internet aux disques durs et supports CD, le contenu d'articles scientifiques primaires peut se disséminer... La même revue PLoS Biology rapporte d'autres exemples, comme cet article scientifique ayant reçu une couverture médiatique importante (Time magazine, Die Zeit, Al-Jazeera) et téléchargé des dizaines de milliers de fois. Bien plus que le lectorat habituel d'un article scientifique ! Ou encore, cet article paru en anglais et qui a pu être traduit en espagnol pour être publié dans un magazine argentin sur l'environnement !

dimanche 9 juillet 2006

Blogs scientifiques ou pseudo-scientifiques ? (2)

Un article d'opinion publié sur le site de la BBC, écrit par Richard Ladle (chercheur et responsable du Master Biodiversity, Conservation and Management à  l'Oxford University), revient sur l'explosion des blogs traitant d'environnement et constate qu'en effet, peu sont fiables. Heureusement, on constate qu'ils sont vus ainsi et représentent même, selon un sondage BBC/Reuters, la source d'information d'actualité en laquelle le public a le moins confiance.

Evidemement, le résultat de ce sondage ne suffit pas. Richard Ladle encourage les spécialistes et experts à  bloguer sur leurs thèmes favoris — rapprochant ainsi la science et les citoyens et rétablissant l'équilibre avec les blogs pseudo-scientifiques —... tout en donnant à  ces derniers deux clés pour savoir quelle confiance accorder :

  • vérifier les données : des démonstrations scientifiques solides reposent sur une information provenant de sources reconnues et disponibles librement tandis que des argumentations biaisées ou fausses sont souvent fondés sur des données de sources secondaires, voire sur aucune donnée du tout...
  • tenir compte du lexique : une argumentation boursouflée d'hyperboles masque probablement un manque de compréhension ou d'information fiable.

jeudi 6 juillet 2006

Quand les scientifiques promettent

Un récent article d'opinion paru dans ''Nature'' m'a conforté dans une idée que je traîne depuis quelques temps. Les scientifiques disent toujours qu'ils ne promettent rien, notamment en réponse aux citoyens qui les accusent de promesses non tenues (PGM contre la faim dans le monde, nanotechnologies pour augmenter l'homme etc.). J'avais pu le constater moi-même aux débats Vivagora sur les nanotechnologies...

Or les promesses existent bien. Elles permettent de se fixer des objectifs à  moyen terme, d'attirer l'attention des politiques et législateur ("Laissez nous travailler avec les cellules souches et dans quelques années nous pourrons réparer n'importe quel organe déficient !") et surtout d'obtenir des financements et recconaissance. Alors quoi, les scientifiques feraient des promesses sans s'en rendre compte ?

Oui, notamment parce que c'est ancré dans la plus vieille habitude scientifique qui soit, la publication des résultats. A la fin d'un article scientifique, ne trouve-t-on pas toujours des phrases ouvrant vers les perspectives futures ? Ces fameuses phrases reprises ensuite en coeur par les journalistes scientifiques ? Exemple parfait, lors de la publication de l'article sur la première lignée de cellules souches clonées humaines, l'équipe du Dr Hwang concluait en affirmant (c'est moi qui souligne) :

Our work described here shows that stem cell lines can be generated using somatic cells from patients with disease and injury. It may also be possible to generate NT-hESC lines from patients with diseases and disorders of unknown causes. For example, NT-hESCs derived from early-onset Alzheimer's disease or autism patients might prove invaluable for mechanistic studies in vitro after differentiation into neuroprogenitors. In addition, biological insight gained through studying hESCs might find application to ART and assist in understanding genomic imprinting. The derivations of patient-specific NT-hESCs grown without animal cell co-culture may advance cell transplantation therapies as well as aid in the discovery of human developmental processes and the causes of many complex diseases.

L'article a été rétracté depuis et l'on sait que les résultats étaient frauduleux. Précisément parce que le but de cet article était d'attirer l'attention et les financements, auquel participent ces promesses très alléchantes mentionnant la maladie d'Alzheimer et autres "nombreuses maladies complexes".

C'est ce type de comportements que dénonce l'article de Nature. On pourrait en effet envisager qu'un article ne serve qu'à  publier les résultats d'une expérience à  un instant donné, à  les replacer dans leur contexte ou paradigme, et voilà  ! Les chercheurs qui lisent les articles sont suffisamment alertes pour savoir quelles conséquences on peut prévoir à  moyen terme... Et de tout cela, la recherche scientifique sortirait sans doute plus éthique, moins tirée par ses promesses que par ses accomplissements.

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